Sanctissimo Patri ac Domino nostro
Clementi VIII

Christophorus Clavius e Societate Iesu fecit

Quanti sit semper, papa beatissime, ponderis ac momenti res habita ut Christi liberatoris nostri reviviscentis memoria certis ac statis anni temporibus recoleretur, vel ex eo facile intelligere licet quod complures Romani pontifices super ea re multa eaque gravissima decreta extare voluere; quinetiam sæpius severissima anathematis denunciatione caverunt ne quis ad sanctissimum illum diem obeundum lunam quartamdecimam primi mensis deligeret, seditiosorum quorumdam inductus errore, qui impudenter ab Ecclesiæ totius sententia desciscentes, eam ob causam quartodecimani sunt appellati. Possem hoc loco multos generales conventus recensere, qui, quod prudenter fuerat a Romanis pontificibus semel decretum, sua sæpius auctoritate sanxerunt præscripseruntque diligenter quibus anni temporibus, quo ritu, quave religione, sanctissimum Christi Pascha celebrandum esset. Sed omnium instar sit concilium illud quod Nicææ primum duodeviginti supra trecentos episcoporum in omni vitæ parte præstantissimorum frequentia nobile habitum est, cui magnus ille Constantinus interfuit, huius vero Apostolicæ Romanæ sedis legati amplissima cum potestate præfuerunt. In eo enim conventu, ut auctor est vir sanctissimus idemque doctissimus Ambrosius Mediolanensis antistes, cum multa sunt sapientissimorum illorum patrum provisione decreta, quæ ad Christianam religionem vel stabiliendam, vel amplificandam pertinere videbantur, tum illud præter cætera diligentissime curatum est ut, rerum mathematicarum peritissimis viris adhibitis in consilium, ad rectam Paschatis celebrationem cyclus decennovennalis constitueretur; quo facto satis rei gravissimæ provisum esse videri potuisset, nisi paucula quædam horarum fragmenta in annorum ac lunarium mensium supputatione neglecta ita paulatim ac sensim sine sensu æquinoctium et novilunia de sua sede deturbassent ut quod Nicæni concilii patres in Paschatis celebratione ducem quodammodo esse voluissent, illud ipsum iam turpiter errandi et prudentissimis maiorum institutis repugnandi dux esset. Ergo concilii Tridentini patres, qui non multis ante annis in ea urbe ad collapsam disciplinam restituendam et ad Christianæ religionis perduellium improbos conatus reprimendos convenerunt, non ad minimam muneris sui partem rati sunt pertinere ut huic, quod dicebam, incommodo primo quoque tempore occurreretur; ac proinde calendarii corrigendi provinciam Romano pontifici, tamquam sacrarum ceremoniarum et ecclesiasticorum rituum supremo curatori atque antistiti commendarunt; quam deinde Gregorius XIII vir omni virtutum genere cumulatissimus tanta cum laude sustinuit ut totius pene orbis terrarum consensu novum calendarium receptum fuerit et approbatum. Ac tametsi Romani pontificis auctoritas ea debet esse apud omnes ut quod ille statuerit universi pariter ratum habere debeant, quoniam tamen neque superioribus annis defuerunt, neque desunt in præsentia, qui temere, ne quid gravius dicam, emendati calendarii rationem audeant improbare, conenturque hominum societati persuadere se unos puncto temporis plus vidisse quam gravissimos et doctissimos viros qui per decennium in Urbe Romani pontificis auctoritate super hac re conventus habuerunt, sapienter omnino decretum est, ne auctoritate magis quam argumentis res acta videri posset, ut correcti calendarii ratio proponeretur, ita ut vel amplius obtrectandi ansa malevolis amputaretur, vel si pervicaces esse pergerent, haberent posteri unde ad calendarium novum defendendum validissima semper firmamenta desumerent. Hoc igitur oneris cum paucis ante annis Sanctitas Tua imponendum censuerit mihi, illi videlicet qui unus ex omnibus divino beneficio superessem, qui calendario restituendo interfuimus; etsi tantæ rei non satis pares vires afferre me posse intelligerem, si vellem, ut sane par esse videbatur, mirum in modum inter se dissidentibus doctissimorum virorum de anni correctione sententiis satisfacere; non potui tamen tanti pontificis studio non subservire, quem viderem omnes suas curas et cogitationes ad totius Christianæ reipublicæ commoda intendisse. Quocirca ita rem totam divino fretus præsidio explicare conatus sum ut, nisi plane video nihil, facillime quivis intelligere possit emendati calendarii rationem quam Gregorius XIII secutus est undequaque absolutissimam esse, neque ullam perfectiorem institui potuisse. Quod superest, orandus atque obsecrandus mihi es, papa beatissime, per humanitatem et clementiam istam singularem ut, si minus rei magnitudini et expectationi hominum responderim, partim argumenti difficultati, partim valetudini impeditæ, partim ætati iam ingravescenti condonandum putes. Equidem si meam obtemperandi voluntatem Sanctitati Tuæ, hoc est Deo, cuius vicem geris, non ingratam fuisse sensero, maximum me diuturni laboris fructum retulisse iudicabo.

À notre très saint Père et Seigneur,
Clément VIII,

par Christophe Clavius de la Société de Jésus.

L'extrême importance, très saint Père, qui a toujours été accordée à ce que la résurrection du Christ notre libérateur soit commémorée à des époques de l'année précises et déterminées, on peut très facilement s'en rendre compte par le fait que plusieurs pontifes romains ont tenu à promulguer de nombreux et très rigoureux décrets à ce sujet; bien plus, ils ont souvent pris garde, par la très sévère imposition de l'anathème, que nul ne choisisse pour la célébration de ce jour très saint le quatorzième jour du premier mois et n'imite en cela l'erreur de ces séditieux qui se sont effrontément écartés de l'opinion générale de l'Église, et sont pour cela qualifiés de quartodécimans. Je pourrais énumérer ici de nombreuses assemblées universelles qui ont plusieurs fois confirmé de leur autorité ce qui avait, avec clairvoyance, été décrété une fois pour toutes par les pontifes romains, et qui ont prescrit consciencieusement à quelle date, sous quels rites ou avec quelles cérémonies le très saint jour de Pâques du Christ devait être célébré. Mais l'exemple entre tous serait ce concile qui fut tenu pour la première fois à Nicée et qui est célèbre pour avoir réuni trois cent dix-huit évêques absolument remarquables à tous les égards, auquel prit part Constantin le Grand et que guidèrent avec pleins pouvoirs les légats du Siège apostolique romain. Comme le rapporte en effet le très saint et très savant évêque Ambroise de Milan, lorsqu'à l'occasion de ce concile et grâce à la prévoyance de ces pères très sages, bien des décrets ont été adoptés qui semblaient propres au soutien et au progrès du culte chrétien, on a judicieusement veillé entre autres, de l'avis d'experts mathématiciens appelés en conseil, à ce que le cycle de dix-neuf ans soit adopté pour déterminer correctement la date de Pâques; dès lors, on aurait pu croire qu'on avait convenablement réglé ce grave problème, n'eût été d'infimes fractions d'heures qui, omises dans la mesure des années et des mois lunaires, ont délogé lentement et insensiblement l'équinoxe et les néoménies de leurs positions, si bien que cela même que les pères du concile de Nicée voulaient établir comme le guide en quelque sorte de la célébration pascale, a rapidement et honteusement été plutôt le guide de l'erreur et de l'opposition aux très sages institutions des anciens. C'est pourquoi les pères du concile de Trente, qui s'étaient assemblés dans cette ville quelques années auparavant pour rétablir la doctrine défaillante et combattre les efforts malhonnêtes des ennemis de la religion chrétienne, ont jugé devoir absolument veiller à ce qu'on s'attaque le plus tôt possible à ce problème; et par conséquent, ils ont confié la tâche de corriger le calendrier au pontife romain, qui est, si l'on peut dire, le responsable et le gardien suprême des cérémonies sacrées et des rites ecclésiastiques; et cette tâche, Grégoire XIII, un homme grand par toutes les vertus, l'a par la suite remplie avec tant de succès que le nouveau calendrier reçut l'accord et l'approbation de presque toute la terre. Bien sûr, l'autorité du pontife romain doit être si grande auprès de tous que ce qu'il décide doit aussi être approuvé par tous; cependant, puisqu'il n'a pas manqué ces dernières années et qu'il ne manque pas encore maintenant de gens qui sans réflexion, pour ne pas dire pire, osent désapprouver la restauration du calendrier et qui s'efforcent de convaincre la communauté humaine qu'ils en ont compris plus à eux seuls en un instant que les hommes très sérieux et très savants qui se sont réunis à Rome à ce sujet pendant une décennie sur l'ordre du pontife romain, il fut très sagement décidé, afin que cette affaire ne parût pas être imposée plus par autorité que par démonstration, qu'on présenterait une analyse du calendrier corrigé telle qu'une raison de plus de critiquer serait retirée aux malveillants et que s'il restait des entêtés, nos successeurs y trouveraient une source d'excellents arguments à la défense du nouveau calendrier. C'est donc cette tâche qu'il y a quelques années Votre Sainteté a jugé bon de m'imposer, à moi qui seul, par faveur de Dieu, suis toujours vivant parmi ceux qui ont participé à la correction du calendrier; bien que je n'estime pas disposer de talents à la hauteur d'une telle tâche, qui me permettraient, comme cela semblerait approprié, de rendre justice aux opinions étonnamment diverses d'hommes très compétents pour la correction de l'année, je n'ai pu cependant ne pas seconder le zèle d'un si grand pontife que je voyais appliquer tous ses efforts et toutes ses pensées au bien de la chrétienté tout entière. C'est pourquoi, confiant que Dieu me viendrait en aide, j'ai entrepris d'expliquer tout cela de telle manière que, sauf erreur complète de ma part, chacun pourrait comprendre très facilement que la méthode de correction du calendrier suivie par Grégoire XIII est parfaite sous tous les rapports et que nulle autre n'eût pu être adoptée qui fût meilleure. En dernier lieu, très saint Père, si je n'ai pas été à la hauteur de cette tâche ni répondu aux attentes des hommes, je dois vous prier et même vous supplier de bien vouloir, dans votre bonté et votre indulgence sans pareilles, l'imputer à la difficulté du sujet, à ma santé défaillante et à mon âge avancé. Quant à moi, si je sens que mon désir d'obéir à Votre Sainteté, c'est-à-dire à Dieu dont vous exercez l'autorité, a l'heur de vous être agréable, je crois que ce sera pour moi la récompense suprême de ce long travail.

Transcription et traduction: Rodolphe Audette

Retour à la table des matières de l'Explicatio.