Le calendrier grégorien en France

Charles IX
Voici d'abord un texte qui ne se rapporte pas vraiment au calendrier grégorien, mais qui est quand même relié au calendrier en général. Il s'agit d'un édit multiple du roi Charles IX qui, entre autres, stipule que l'année en France commencera dorénavant le premier janvier. Jusqu'à cette date en effet (1563), et depuis déjà plusieurs siècles, le nouvel an en France avait lieu le jour de Pâques! On imagine facilement les inconvénients. Bien sûr, les Français ont alors commencé à donner les étrennes du nouvel an le premier janvier. Mais plusieurs ont continué d'offrir de fausses étrennes à Pâques, par jeu. C'est de là, paraît-il, que viendrait la coutume de jouer des tours le premier avril.

Note: l'édit est daté de janvier 1563. Comme janvier est antérieur à Pâques, et que l'édit est bien sûr daté selon l'ancien style, ce janvier 1563 correspond à janvier 1564 selon le nouveau style. Curieusement, l'édit ordonne que le nouveau style soit appliqué à compter de ce mois de janvier, c'est-à-dire que janvier 1563 (ancien style) devienne rétroactivement janvier 1564 (nouveau style). Cela était assez difficile, et il semble bien que l'édit n'ait vraiment été appliqué qu'à compter du jour de l'an suivant, celui de 1565 (nouveau style). Suivez-vous toujours?


Paris, janvier 1563; reg. au parlement de Dijon, le 30 mars suivant, à celui de Bretagne le 8 mai 1564, et au parlement de Paris le 22 décembre de la même année.

CHARLES par la grace de Dieu, roy de France. A tous présens et à venir: Comme par nos ordonnances faites sur les plaintes, doléances et remontrances des députez des estats tenus en nostre ville d'Orléans, nous ayons réservé pourvoir sur aucuns articles desdites remontrances, concernans, tant sur le fait de la justice qu'autres depuis vus et délibérez en nostre conseil.

Sçavoir faisons, que par l'avis et conseil de nostre très-honorée dame et mère, des princes, seigneurs et gens de nostre conseil, avons statué et ordonné, statuons et ordonnons ce qui s'ensuit.

(38 articles sur divers sujets)

(39) Voulons et ordonnons qu'en tous actes, registres, instrumens, contrats, ordonnances, édits, lettres, tant patentes que missives, et toute écriture privée, l'année commence d'oresnavant et soit comptée du premier jour de ce mois de janvier.

Si donnons en mandement par ces présentes à nos amez et féaux les gens tenans nos cours de parlement, baillifs, séneschaux, prévosts, juges ou leurs lieutenans, et à chacun d'eux, si comme à lui appartiendra: que cettui nostre présent édit et ordonnance, ils fassent lire, publier et enregistrer, entretiennent, gardent et observent, fassent entretenir, garder et observer inviolablement, et sans les enfraindre en quelque manière que ce soit, selon et ainsi que dessus est dit: car tel est nostre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre nostre scel à cesdites présentes, sauf en autres choses nostre droit et l'autruy en toutes. Donné...

Henri III
Jamais à court d'idées pour se faire remarquer, la France a trouvé le moyen d'adopter le calendrier grégorien deux fois, d'abord sous Henri III, en décembre 1582, puis sous Napoléon I, en 1806.

Voici d'abord l'ordonnance d'Henri III.


Ordonnance en forme de mandement adressée aux prévôts des villes, pour la réforme du calendrier.

Paris, 2 et 3 novembre 1582, publié à son de trompe par les carrefours de Paris, le 10.

Nostre amé et féal, ayant nostre sainct père le pape Grégoire treiziesme ordonné un calendrier ecclésiastique, lequel sa saincteté nous a envoyé, comme à tous les autres roys, princes et potentats de la chrestienté, par lequel elle a trouvé estre nécessaire de retrancher dix jours entiers en la présente année, pour les causes et raisons amplement déduites par iceluy. Et combien qu'elle ait ordonné que ledit retranchement seroit dedans le mois d'octobre dernier passé, néantmoins n'aurions peu le faire exécuter et ensuivre audit mois. Et voulans que les sainctes ordonnances du sainct siége ayent cours, et soient observées en nostre royaume, comme il convient, mesme en ce fait, pour ne nous des-unir et séparer des autres princes qui ont jà receu et fait observer ledit calendrier: nous voulons et ordonnons qu'estant le 9e jour du mois de décembre expiré, le lendemain que l'on compterait le 10 soit tenu et nombré par tous les endroits de nostre royaume, le 20e jour dudit mois, le lendemain 21e auquel se célèbrera la feste sainct Thomas. Le jour d'après sera le 22e, le lendemain 23e, et le jour ensuivant 24e. De sorte que le jour d'après, qui autrement et selon le premier calendrier eust esté le 15e, soit compté le 25e, et en iceluy célébrée et solemnisée la feste de Noel. Et que l'année présente finisse six jours après ladite feste, et la prochaine, que l'on comptera 1583, commence le 7e jour après la célébration d'icelle feste de Noel. Laquelle année et autres subséquentes auront après leur cours entier et complet comme devant. De laquelle nostre intention et ordonnance avons bien voulu vous advertir, afin qu'ayez à l'ensuivre, faire observer, et pourvoir au service qui se doit faire aux advents de ladite feste de Noel, et à autres festes ordonnées par l'église esdits jours retranchez. Et la faire proclamer et lire aux prosnes des églises de vostre diocèse, comme nous enjoignons présentement à nos cours de parlement, baillifs et séneschaux, faire en l'estendue de leur ressort et jurisdiction, afin que nul n'en puisse prétendre cause d'ignorance. Et à ce ne faites faute, car tel est nostre plaisir.

Napoléon I
En octobre 1793, dans un élan de ferveur révolutionnaire, la France a jeté le calendrier grégorien aux orties et lui a substitué le calendrier révolutionnaire français, ou calendrier républicain. Douze ans plus tard, les Français sont retombés sur leurs pieds et sont revenus au calendrier grégorien. Ceci s'est fait par décret du Sénat, sous le règne de Napoléon I.

Voici ce décret. C'est sans doute un des textes de loi les plus courts de l'histoire.


Sénatus-Consulte sur le rétablissement du calendrier grégorien.

(22 Fructidor an 13 = 9 septembre 1805.)

Art. 1er. À compter du 11 nivôse prochain, le 1er janvier 1806, le calendrier grégorien sera mis en usage dans tout l'empire français.

Transcription des trois textes: Rodolphe Audette

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