Clemens Papa VIII
ad perpetuam rei memoriam

Quæcumque a Romanis pontificibus prædecessoribus nostris ad communem totius Catholicæ Ecclesiæ utilitatem diuturno studio et longa deliberatione pie sapienterque sancita et decreta sunt, debent a nobis non solum omni ope ab iniquorum hominum impugnatione defendi, sed etiam, quantum in Domino licet, auctoritate apostolica confirmari. Cum igitur felicis recordationis Gregorius Papa XIII prædecessor noster calendarium Romanum atque annum ecclesiasticum qui ob minuta quædam neglecta progressu temporis ita a vero deflexerat ut, nisi idem Gregorius opportune providisset, sacrum Paschæ diem plerumque extra legitimum tempus a sacris conciliis et patribus constitutum in posterum exhibuisset celebrandum, tanta cura et felicitate in pristinum statum restituerit ut prædictum calendarium nulli umquam mutationi amplius expositum esse videatur; quia tamen nonnulli improbi homines eo audaciæ proruperunt ut hoc magni laboris opus tantorum virorum industria et studio confectum oppugnare et calumniis lacessere, idque illi obiicere præsumpserint quod non semper motibus cœlestibus ad unguem respondeat, quasi vero eiusmodi calendarii forma excogitari possit, quæ una et eadem cum omnium qui subsequuntur annorum decursu semper conveniat et nullo umquam tempore a motibus cœlestibus vel minime discrepet; ac præcipue quidam Franciscus Vieta in tantam impudentiam pervenerit ut calendarium quoddam a se compositum plenum erroribus et Gregoriano plane contrarium, Gregorianum tamen inscribere et edere ausus sit, eique prædicti Gregorii prædecessoris literas emendationis et restitutionis calendarii præposuerit ut proposita palam veri specie falsæ suæ doctrinæ venenum instillaret. Nos attendentes huiusmodi calendarium a prædicto Gregorio prædecessore nostro summa diligentia et sedulitate, adhibitis in hoc opus viris harum rerum peritissimis, esse restitutum, illudque perfectum perpetuumque iure optimo inscribi potuisse quod semper suis præcipuis partibus integrum persistat, nec mirandum esse quod cyclus nostrarum epactarum in dies calendarii distributus interdum in noviluniis ac lunis XIIII Paschalibus non omnino cum motibus cœlorum consentiat, cum hoc in omni cyclo necessario eveniat satisque sit quod error hic, qui vitari nequit, multo rarior deprehendatur in novo hoc calendario quam in ullo alio; propterea ad maiorem illius declarationem et ad omnem eius impugnandi occasionem cæterasque difficultates tollendas, dilecto filio Christophoro Clavio Bambergensi Societatis Iesu religioso, viro hac in re versatissimo et qui insignem in eiusdem calendarii emendatione operam sub eodem Gregorio navavit, mandavimus ut explicationes in prædictum calendarium ederet, tum ad confirmandas eiusdem calendarii ac Gregorii rationes, tum ad omnium adversariorum commenta infringenda, qui tandem post multas lucubrationes hunc librum diu desideratum nobis obtulit, eumque Romani calendarii a Gregorio XIII pontifice maximo restituti explicationem iussu nostro editam nuncupavit, in quo adversariorum errores perspicue confutantur doceturque hoc calendarium futurum perpetuum, ita ut nulli umquam ne minimæ quidem mutationi, quod ad dispositionem epactarum attinet, obnoxium sit, quamquam post plurima elapsa secula alia solaris anni et lunaris æquatio fortassis instituenda sit. Quare nos, ne de cætero contra dictum calendarium aliquid obiici aut confingi possit, opportune providere volentes, dicti calendarii explicationem a prædicto Christophoro Clavio editam per præsentes approbamus, cætera vero calendaria a quibusvis iam confecta huic aliqua ratione contraria, quæ mendosissima Ecclesiæ obtruduntur, præsertim illud quod dictus Franciscus Vieta propria auctoritate edidit et a Gregoriano præter alia discernitur quod in illo ad primam diem Ianuarii epacta XXX, sive hoc signo * notata sicut in calendario habetur, non adscripta sit ut in Gregoriano, annusque cum epacta XXIX ab octavo die Martii incipiat, quæ res inaudita est et patribus Nicæni concilii prorsus contraria, necnon quæcumquæ alia forsan in posterum edenda in universo Christiano orbe perpetuo abrogamus, eorumque usum ubique interdicimus ac prohibemus. Sicque ab omnibus censeri et ita per quoscumque iudices ordinarios et delegatos iudicari et diffiniri debere irritum et inane, quicquid secus super his a quoquam quavis auctoritate scienter vel ignoranter contigerit attentari, decernimus. Præcipientes in virtute Sanctæ Obedientiæ universis venerabilibus fratribus patriarchis, primatibus, archiepiscopis, episcopis et alii locorum ordinariis eorumque vicariis in spiritualibus generalibus, ut præsentes nostras literas in eorum quisque ecclesiis, civitatibus et diœcesibus publicari et observari curent et faciant, non obstantibus constitutionibus et ordinationibus apostolicis ac statutis et consuetudinibus, etiam iuramento, confirmatione apostolica, vel quavis firmitate alia roboratis, privilegiis quoque indultis et literis apostolicis in contrarium præmissorum hactenus quomodolibet concessis, confirmatis et approbatis, cæterisque contrariis quibuscumque. Volumus autem ut præsentium transumptis, etiam impressis, manu notarii publici subscriptis et sigillo alicuius personæ in dignitate ecclesiastica constitutæ munitis, eadem prorsus fides habeatur quæ præsentibus ipsis haberetur si essent exhibitæ vel ostensæ.

Datum Romæ apud Sanctum Petrum sub annulo Piscatoris, die XVII Martii MDCIII pontificatus nostri anno duodecimo.

Clément VIII, pape,
en perpétuelle mémoire

Ce que les pontifes romains nos prédéceseurs ont pieusement et sagement consacré et décrété, après étude approfondie et mûre délibération, dans l'intérêt général de l'Église catholique tout entière, nous devons non seulement le défendre de tout notre pouvoir des attaques des adversaires, mais aussi, pour autant que Dieu le permette, le confirmer de l'autorité apostolique. Notre prédécesseur Grégoire XIII d'heureuse mémoire a ramené à son état originel le calendrier romain et l'année ecclésiastique qui, par suite de légères imprécisions, s'étaient au cours des temps à tel point éloignés du réel que, n'eût été de cette intervention opportune, il semblait que le saint jour de Pâques serait à l'avenir célébré le plus souvent hors de la période canonique établie par les pères et les saints conciles; cela a été accompli avec tant de soin et de bonheur que ce calendrier ne paraît plus sujet à de telles variations à l'avenir; cependant certains hommes malhonnêtes ont poussé l'audace jusqu'à attaquer et agonir de calomnies ce calendrier remarquable, résultat du travail et du zèle d'hommes exceptionnels, et ont même osé lui faire le reproche qu'il ne serait pas toujours en parfait accord avec les mouvements célestes, comme si vraiment on pouvait concevoir qu'un seul et même calendrier de ce type puisse indéfiniment se conformer au déroulement de toutes les années à venir et ne jamais être en désaccord avec les mouvements célestes, même très peu; un certain François Viète, surtout, a poussé l'impudence jusqu'à oser publier sous le nom de grégorien un calendrier de son cru, plein d'erreurs et tout à fait hostile au calendrier grégorien, le faisant même précéder de la bulle de notre susdit prédécesseur Grégoire sur la correction et la restauration du calendrier pour mieux instiller, avec toutes les apparences de la vérité, le poison de sa fausse doctrine. Dans notre souci de rétablir avec empressement et diligence ce calendrier qui nous vient de notre susdit prédécesseur Grégoire et auquel ont œuvré des hommes très compétents en la matière, afin aussi que ce calendrier parfait et perpétuel soit à juste titre mis par écrit de sorte qu'il demeure pour toujours intact dans ses principaux éléments, afin encore que nul ne s'étonne que le cycle des épactes associé au calendrier pour trouver les néoménies et les pleines lunes pascales s'écarte parfois un peu des mouvements célestes, puisque ceci arrivera forcément avec n'importe quel cycle et qu'il est suffisant que cette erreur inévitable se produise beaucoup plus rarement avec ce nouveau calendrier qu'avec tout autre, en vue par conséquent d'une meilleure illustration de ce calendrier, en prévision aussi des occasions où il sera attaqué, et afin de régler d'autres difficultés, nous avons chargé notre cher fils Christophe Clavius de Bamberg, membre de la Société de Jésus, un homme très versé dans ce domaine et qui a fait avec zèle un travail remarquable dans la réforme du calendrier sous ce même Grégoire, de publier une explication détaillée de ce calendrier, tant pour en démontrer la théorie et établir les motifs de Grégoire, que pour réfuter les mensonges de tous ses adversaires, lequel Clavius, après bien des jours de travail, nous a présenté ce livre attendu depuis longtemps et qu'il a intitulé Explication du calendrier romain réformé par le souverain pontife Grégoire XIII, rédigée sur notre ordre, dans lequel il réfute clairement les erreurs des adversaires et où il explique que ce calendrier est perpétuel, c'est-à-dire qu'il ne sera jamais sujet à la moindre altération, grâce au système des épactes, lorsqu'on appliquera l'équation de l'année solaire et celle de l'année lunaire même dans un grand nombre de siècles. C'est pourquoi, comme nous voulons empêcher d'avance qu'on objecte ou qu'on invente à l'avenir quoi que ce soit à l'encontre de ce calendrier, nous en approuvons par les présentes l'Explication rédigée par le susdit Christophe Clavius et nous déclarons nuls pour toujours les autres calendriers rédigés jusqu'ici par quiconque, qui en divergent en quelque manière et qui, pleins d'erreurs, sont proposés avec violence à l'Église, tout spécialement celui qu'a rédigé de sa propre autorité ce François Viète, et qui se distingue du grégorien entre autres par le fait qu'on n'y trouve pas l'épacte XXX, notée aussi * dans le calendrier, inscrite au premier janvier comme dans le grégorien, et que l'année y commence le 8 mars avec l'épacte XXIX, ce qui est inouï et tout à fait contraire aux pères du concile de Nicée, de même que tout autre calendrier qui pourrait un jour être rédigé dans le monde chrétien, et nous interdisons et prohibons leur utilisation partout. Voilà pourquoi nous décidons que tout ce qui pourrait être entrepris dans ce domaine et qui irait à l'encontre de cette Explication, sciemment ou par ignorance, sous n'importe quelle autorité, doit être estimé nul et non avenu par tous, et jugé et déclaré tel par tous les juges, réguliers et délégués. Nous prescrivons, en vertu de la Sainte Obéissance, à tous nos vénérables frères patriarches, primats, archevêques, évêques et autres ordinaires d'Églises, ainsi qu'à leurs assistants dans les affaires spirituelles, de rendre publique cette lettre, chacun dans son église, cité ou diocèse, et de veiller qu'elle y soit observée, nonobstant les constitutions et les ordonnances épiscopales, ainsi que les décrets et les coutumes, même renforcés d'un serment, d'une confirmation épiscopale ou de tout autre appui, nonobstant les privilèges, les faveurs ou les actes apostoliques à l'encontre de ce que nous avons écrit plus haut, qui ont été concédés, confirmés et approuvés jusqu'ici, nonobstant enfin toute autre opposition. Nous voulons que des copies de cette lettre, même imprimées, signées de la main d'un notaire public et munies du sceau d'un dignitaire de l'Église, jouissent du même crédit absolu que celui qui aurait été accordé à ces présentes si elles étaient montrées ou affichées.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, sous le sceau du Pêcheur, le dix-sept mars 1603, en la douzième année de notre pontificat.

Transcription et traduction: Rodolphe Audette

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